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Rubriques

Une Plume En Or Au Xixème Siècle. Par Pierre Haury

16 juillet 2007 — Rubriques · Numéros · Les archives · Le stylographe n°19 · Les articles

Dans le précédent numéro,le Stylographe a présenté en images,les premières étapes de la transformation d'un lingotd'or en plume. Ces plumes en or,malgré leur prix élevé,connurentun grand succès. En effet,elles n'avaient pas les inconvénients de la plume d'oie,qu'il fallaitretailler souventetqui grattait le papier, ni ceux de la plume en acier qui s'encrassait si on ne disposait pas d'un essuie-plume. Voici le deuxième volet des trois parties de cette bande dessinée. Avec cette machine, le flan, après plusieurs passes, est laminé et allongé jusqu'à la taille nécessaire. Ce travail s'effectue en plaçant le flan entre les deux rouleaux ; celui du bas a une encoche dans laquelle la pointe d'iridium se trouve protégée. Bien des années après la forme particulière des deux rouleaux donnera au flan une diminu- tion progressive d'épaisseur à partir de la pointe. Le bec de la plume est martelé sur une petite enclume de forme bombée pour donner la souplesse et l'élasticité voulue. Ce martelage confère au flan une forme irrégulière qui nécessite une nouvelle découpe pour donner à la plume sa forme définitive. Cette seconde découpe s'effectue à l'aide d'une machine similaire à celle utilisée pour découper le flan. Elle confère à la plume la forme « à plat » qui lui convient en enlevant tout autour, sauf à la pointe, une bande étroite de métal. On remarquera une petite encoche qui sert de guide et de repère pour les opérations suivantes. Les déchets de découpe ainsi que l'or récupéré dans les poussières de l'atelier et les eaux de lavage des mains et des vêtements sont repassés à la fonte. Ces poussières représentent 10 % de la matière première... La presse à marquer est une petite presse à vis. La plume, qui est encore à plat, est placée sur une plaque en acier où elle est positionnée par un guide permettant, avec une étampe, de la frapper avec précision. On y inscrit la marque, l'année de fabrication et le numéro de la taille, sans indication sur la teneur en or. Foley fabriquait ses plumes en 16 carats, alors que certains utilisaient 14, 12 et même 10 carats, jouaient sur l'épaisseur du métal et montaient les pointes à la soudure. Pour donner au flan la courbure nécessaire, on utilise une presse à balancier. La plume encore à plat est écrasée entre une forme fixe creuse, demi-ronde, et une forme mobile qui s'y adapte parfaitement, pendant que deux « marteaux » placés longitudinalement de chaque côté de la presse en relèvent automatiquement les bords jusqu'à ce qu'ils s'appliquent contre la partie supérieure de la forme mobile dépassant de la forme fixe. A l'époque, cette machine mise au point par un ouvrier français, J. Countis, qui travaillait dans l'usine Foley, était la plus sophistiquée pour la fabrication des plumes mais elle n'avait pas un grand rendement. Avec le tour à fendre les pointes, après avoir fixé la plume dans un cadre oscillant, la pointe d'iridium, le « diamant », est centré sur le bord d'un très fin disque de cuivre tournant à grande vitesse. L'arête de ce disque est recouverte d'huile et d'émeri en poudre. L'iridium est coupé en deux. Ainsi, est marqué le début de la fente de la plume. C'est J.-I. Hawkins qui avait mis au point ce procédé en 1834. Sur ce tour, la fente est prolongée jusqu'à la longueur nécessaire. Une très fine scie circulaire en acier est utilisée. L'ouvrier, d'une grande habileté, travaille sans guide. Il place simplement les plumes dans un porte-plume et, avec les deux mains, il en fend une centaine à l'heure. On utilise ensuite une scie à main extrêmement fine pour parfaire la naissance de la fente. On évite ainsi l'extension de la fente dans le corps de la plume lors d'une écriture trop appuyée. En 1884 la fente des plumes des premiers Waterman se terminera en une petite ouverture par où passe l'air qui remonte vers le réservoir pour compenser le volume d'encre utilisé.