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Tant Vaut La Plume, Tant Vaut Le Stylo. Par Pierre Haury

20 avril 2007 — Rubriques · Numéros · Les archives · Le stylographe n°18 · Les articles

CET EXTRAIT D'UNE PUBLICITÉ DES ANNÉES 30 MONTRE LE CHEMIN PARCOURU EN TROIS QUARTS DE SIÈCLE DANS LES CRITÈRES D'APPRÉCIATION DU STYLO. CETTE PUBLICITÉ NE PREND EN COMPTE QUE LA PLUME CE QUI, DURANT CES ANNÉES LÀ, ÉTAIT TOUT À FAIT NORMAL CAR LE STYLO ÉTANT UN OBJET INDISPENSABLE, UNIQUE EN SON GENRE, DEVAIT DONNER SATISFACTION POUR ÉCRIRE, ET POUR ÉCRIRE C'EST EN EFFET LA PLUME QUI COMPTE. « Plume en Or » était un argument de vente, car un stylo de qualité devait nécessairement en avoir une. Aussi, certains fabricants valorisaient- ils des modèles ordinaires en les équipant de plumes qui étaient de mauvaise qualité, perdaient leur pointes, ou se déformaient en raison de leur faible poids en or. La qualité des plumes en or ne se posant plus comme autrefois, maintenant quand on choisit un stylo, si la plume convient, c'est l'esthétique qui joue un rôle déterminant. Cette tendance a conduit à la difficile recherche de formes nouvelles pour un objet dont la nature même en limite les possibili- tés d'innovation; c'est aussi l'utilisation des matériaux les plus divers ou encore la mise en valeur par la couleur et, pour les modèles haut de gamme c'est en plus la création de véritables œuvres d'art. Si le stylo n'est plus indispensable car il est concur- rencé par tous les moyens modernes d'écrire et de communiquer, il reste irremplaçable pour tous ceux qui éprouvent du plaisir à écrire à la main avec une bonne plume en or, plaisir qui est encore plus grand si cette plume est montée sur un support de qualité. La plume demeurant la raison d'être du stylo « Le Stylographe » se doit de lui donner la place qui lui revient. En Angleterre, en 1834, John Isaac Hawkins parvint après de longues recherches à fabriquer une plume en or dont les pointes étaient renfor- cées avec des parcelles d'osmiure-d'iridium. C'est aux Etats-Unis que son invention fut exploitée par des firmes comme la Bard Brothers and Co qui deviendra la Mabbie-Todd and Co dont les stylos Swan avaient une plume d'une qualité exception- nelle ; ou bien encore par l'importante société de John Foley à qui nous devons la description illustrée de la fabrication des plumes en 1875 que nous allons présenter ici. Cette description est intéressante car elle montre quels soins doivent être apportés à la fabrication d'une plume en or, qu'elle soit de 1875 ou de notre siècle. Dans cette forge, on fait fondre l'or fin et la quantité nécessaire de cuivre et d'argent. Cet alliage est indispensable, car l'or est trop mou. On le rend ainsi plus résistant et d'une élasticité uniforme. Le mélange est mis dans un creuset et chauffé au char- bon de bois. Une fois fondu, il est versé dans un moule en fer d'une taille en rapport avec celle des plumes que l'on veut fabriquer. Pour les plumes les plus courantes, on utilise un moule rectangu- laire d'environ 50 x 4 cm, avec une épaisseur d'un peu plus d'1 cm. Après refroidissement, les irrégularités de surface sont supprimées et la barre d'or est prête à passer au laminoir. Avec ce laminoir réglable par deux vis situées aux deux extrémités, on étire la barre par passes successives, jusqu'à près de dix fois sa longueur initiale, pour en faire un ruban d'environ 0,8 mm d'épaisseur. Pour arriver à ce résultat, il faut de nombreuses passes nécessitant un travail long et pénible. La forme de la plume, le « flan », est découpé dans ce long et mince ruban qui vient du laminoir et dont la largeur est telle que, les pointes étant tête-bêche, deux flans puissent y être découpés. Ce travail s'effectue avec une presse à levier et une série de coins dont la partie coupante correspond aux diverses tailles de plumes. Entre 500 et 1 000 plumes peuvent être découpées dans le ruban. L'or de la pointe du flan est légèrement échancré à la meule pour recevoir ce qu'on appelait alors « The diamond point », dont le principal composant est l'iridium. L'iridium, métal gris à la dureté voisine de celle du diamant, a été simultanément découvert en 1803 en Angleterre par Tennant et en France par Descotils dans certains minerais de platine à l'état d'alliage naturel avec l'osmium. Cet alliage qui a une forte teneur en iridium est isolé du minerai de platine dans les premières opérations de traitement. En provenance des mines de Sibérie et d'Amérique du sud, il était produit en quantité insuffisante. On a donc été conduit à constituer des alliages synthétiques. L'osmiure d'iridium passe pour avoir trouvé avec les plumes en or sa première utilisation. Une série de flans est rangée dans les rainures d'une planche. L'iridium ayant été soigneusement sélectionné, avec un petit pinceau enduit d'une solution de borax, le grain d'iridium est placé dans le renfoncement qui vient d'être aménagé à la pointe du flan. Un microscope est ensuite utilisé pour réaliser une mise en place correcte avant de faire la soudure. Plusieurs flans sont mis côte à côte sur une plaque de charbon de bois. Avec un chalumeau à bouche, alimenté au gaz et activé par le souffle de l'ouvrier, on fait fondre la pointe du flan autour de l'iridium. Ce procédé de sudation, dans lequel aucune soudure n'est employée, est utilisé depuis 1850. Auparavant, quand les pointes étaient soudées, le métal de la soudure s'oxydait sous l'action corrosive de l'encre et les pointes finissaient souvent par se détacher. A partir de cette époque, l'industrie de la plume en or ne cessera de se développer aux Etats-Unis, et New York en devint rapidement la première place mondiale de fabrication. """"Les opérations nécessaires pour fabriquer une plume en or sont si nombreuses que la suite de cet article, sera publiée dans les deux prochains numéros.""""