Raccourci historique
21 septembre 2016 — Rubriques · Numéros · Le stylographe n°52 · Les archives · Histoires d'encre · Les articles
Écrire, c’est tracer des signes sur un support afin de conserver les informations que ces signes permettent d’exprimer ou de les partager, de les transmettre avec tous ceux qui sauront les déchiffrer. Tracer des signes sur un support, conserver, partager ou transmettre… Voilà le défi auquel l’homme est confronté depuis la préhistoire ! On imagine le dessin simpliste tracé avec un bâton sur le sable humide d’une plage pour indiquer vers où l’on va, puis la vague qui l’efface. On imagine aussi la peine de celui qui grave dans la pierre les signes d’une prière aux dieux. Rapidement, l’homme cherchera à faire plus durable et plus facile… L’encre, la vraie, est en fait une invention récente, à l’échelle de l’histoire de l’humanité. On situe les premiers écrits vers 3500-4000 avant J.-C., en Mésopotamie et en Égypte. Si l’apparition de l’écriture au moyen de pictogrammes chez les Sumériens est quasiment contemporaine des premiers hiéroglyphes, les symboles et les signes sont très différents. Les Sumériens utilisaient des calames (roseaux taillés) pour graver des tablettes en argile et les Égyptiens traçaient leurs hiéroglyphes sur du papyrus. En Chine, et en Égypte, on utilise de l’encre dès 2500 avant J.-C. Cette encre est à base de résidus carbonés et de noir de fumée additionnés de gélatine animale ou d’huiles végétales. Dès le 23e siècle avant J.-C. les Chinois utilisent des colorants à base de plantes ou de minéraux. L’encre de Chine apparaît au 4e siècle avant J.-C. En Europe, l’encre ferro-gallique sera utilisée dès le 9e siècle et pendant tout le Moyen Age. Les quatre principaux ingrédients qui la composent sont les tannins végétaux extraits de noix de galle et le sulfate de fer pour la formation des composés colorés, la gomme arabique en tant que liant et l’eau en tant que solvant. Certaines recettes montrent que des additifs étaient parfois ajoutés pour donner plus de brillant à l’encre, en améliorer la couleur… On trouve ainsi parfois du vin, du vinaigre, des colorants, du sucre, de l’alun… Cette encre peut produire des effets désastreux sur le papier, l’acide venant attaquer le support, ce qui pose aujourd’hui encore de sérieux problèmes de conservation des manuscrits anciens. Ces encres ferro-galliques seront utilisées jusqu’au 19e siècle. Au milieu du 19e siècle, les chimistes s’intéressent à la fabrication de l’encre. Ils inventent des colorants de synthèse et mettent en œuvre de l’ammoniac et de l’aniline, bien moins corrosifs pour le papier et l’instrument d’écriture.