L'art de l'écritureAccéder à la boutique

Rubriques

POUR QUE L’ENCRE N’EFFACE NI LE PASSÉ, NI L’AVENIR

21 juin 2016 — Rubriques · Numéros · Les archives · Le stylographe n°51 · Il était une fois · Les articles

En 2016, l’humanité est prise en sandwich : elle doit gérer l’encre du passé et celle de l’avenir. Depuis plus de dix ans, la Commission européenne et les grands établissements chargés de la conservation et de la transmission des traces de la mémoire de nos cultures, telle la Bibliothèque nationale de France, ont bâti des programmes de recherche de portée mondiale pour la protection et la sauvegarde des documents et des archives historiques contre la corrosion de l’encre ferrogallique. Il faut stabiliser les manuscrits. Il était jusqu’à présent admis que l’altération des papiers provoquée sur les manuscrits anciens par la présence d’encres ferro-galliques résultait principalement de deux phénomènes : l’hydrolyse et l’oxydation. En 2011, des scientifiques du Centre de recherche sur la conservation des collections (Muséum national d’histoire naturelle/CNRS/ministère de la Culture et de la Communication) et de l’Université d’Anvers en Belgique ont démontré que l’oxydation est le processus dominant de la dégradation des manuscrits et que ce phénomène pourrait être inhibé par une diminution drastique de la quantité d’oxygène dans l’environnement de conservation des manuscrits menacés. Il reste à gérer les encres du futur. Les solvants des encres modernes, des encres industrielles qui doivent sécher de plus en plus vite, sont très polluants et l’évolution de la législation oblige les industriels à privilégier des encres à l’eau, sans solvants, et à mettre au point de nouvelles encres. Les encres à séchage aux rayons ultraviolets ou par faisceau d’électrons répondent à cette nouvelle demande. Le véhicule de ces encres, bien que proche des encres classiques, a une composition bien différente : elles contiennent des prépolymères, des monomères et un photoamorceur. Les photoamorceurs sont excités par les rayons ultraviolets et déclenchent une réaction de polymérisation en chaîne des prépolymères et des monomères. La réaction est complète et quasi instantanée. Le film d’encre n’a dès lors, normalement, aucune odeur résiduelle, ce qui est très appréciable pour les emballages alimentaires par exemple. Le film d’encre est aussi d’une grande solidité, ce qui pose des problèmes au désencrage. Toutefois, les encres à séchage sous rayonnement ultraviolet coûtent plus cher que leurs grandes sœurs. Les encres à écrire les plus couramment utilisées sont toujours les encres bleu-noir, constituées d’une dissolution d’acide gallique, de sulfate ferreux, d’acide tar trique et d’un colorant bleu soluble dans l’eau. Ces encres ont une coloration permanente qui se développe par séchage. À côté de ces produits, on fabrique également des encres colorées non permanentes et lavables : dissolutions d’un colorant approprié dans de l’eau additionnée de glycérine et de thymol, servant d’agent de préservation, ou encore des encres permanentes : dissolutions de colorants substantifs dans une solution alcaline. Les colorants les plus utilisés sont les dérivés d’aniline, de triphénolméthane, d’azine, de thiazine, d’anthraquinone et les colorants azoïques. Sacrée chimie !