Pilot Falcon : Une École D’Apprentissage De L’Écriture À La Plume !
1 avril 2010 — Rubriques · Numéros · Les archives · Le stylographe n°28 · Les articles
Pilot est certainement la maison nipponne la plus connue, des stylos jetables aux somptueux modèles en argent à plume intégrée, en passant par le mythique Capless. Dans cette grande famille, je teste le Falcon, qui m'a été confié en laque noire, équipé d'une plume moyenne, et en laque bronze, doté d'une plume fine. Deux autres couleurs sont disponibles : cobalt et brique. On sait par expérience que les plumes japonaises sont, à grade identique, plus fines que leurs homologues occidentales ainsi, par exemple, une plume fine correspondra souvent à une extra-fine. Le Falcon est avant tout connu pour sa plume à forme particu- lière, qui n'est pas sans rappeler le bec d'un rapace. Pilot souligne également la souplesse de celle-ci, ce qui est rare dans la production actuelle, et que nous ne manquerons pas de vérifier. Le Falcon est un stylo de taille moyenne. Sa ligne est sobre. Seuls des attributs chromés rehaussent l'ensemble, qui reste d'une discrétion absolue. Ceux qui recherchent un instrument d'écriture voyant, ostentatoire ou original dans sa ligne générale passeront leur chemin. Le charme du Falcon est ailleurs... Il faut dévisser le capuchon – au passage notez que le clip est monté sur ressort – apprécier la qualité des ajustages et découvrir la botte secrète du Falcon : sa plume. Elle ne ressemble à aucune autre. En or 14 carats, rhodiée, elle semble busquée, comme le bec du rapace dont le stylo emprunte le nom. La finesse du métal donne une première indication sur la souplesse de la plume. Plus la feuille d'or dans laquelle la plume est taillée est fine, plus celle-ci est souple. En dehors de cette réalité mécanique, d'autres facteurs jouent, tels la longueur de la plume ou l'alliage d'or utilisé pour sa fabrication. Le stylo se recharge au moyen d'une cartouche Pilot ou d'un converter spécifique, à pompe. La prise en main du Falcon est agréa- ble et son équilibre est bon, capuchon posté ou non. Son poids, conséquent sans être excessif, le « pose » bien entre les doigts. Une fois le stylo chargé d'encre en quelques pressions sur le bouton poussoir du converter (qui tient remarquablement en place) je vais enfin pouvoir tester cette plume que l'on dit souple. Les amateurs de stylos anciens qui apprécient les plumes extra-souples des modè- les des années 1920 sont toujours déçus lorsqu'on leur présente une plume moderne, dite souple, et ce n'est pas surprenant. En effet, rien n'atteint aujourd'hui la flexibilité absolue des ces merveilles d'antan, laminées à la main et desti- nées à des utilisateurs qui savaient les manier, prenaient leur temps lors de l'écriture et faisaient varier sans cesse, en vue des effets recherchés, la pression exercée sur la plume. Rares sont les scripteurs d'aujourd'hui capables d'utiliser de manière optimale ces plumes extra-souples. Les fabricants actuels sont contraints de tenir compte des caractéristiques des utilisateurs contemporains et ne peuvent, pour satisfaire quelques nostalgiques, produire des plumes extra-souples qui dérouteraient la plupart des acheteurs. C'est conscient de ce fait que j'entreprends de tester le Falcon, d'abord en plume moyenne. Je sais qu'il ne sera pas « extra-souple ». S'il est plus souple que ses concurrents, le contrat sera rempli. Je sais aussi – et il faudra s ‘en souvenir lors de l'achat – qu'une plume moyenne de chez Pilot correspond presque à une plume fine chez ses concurrents européens. Avant d'écrire, j'effectue une simple pression sur le papier. Elle révèle effectivement une souplesse supérieure à la moyenne : la plume accepte de s'arquer et les becs de s'écarter. Quid à l'écriture ? Le Falcon doit s'apprendre. Voulez-vous écrire vite en ap- puyant fort comme avec une bille ? Vous devrez apprendre à changer vos habitudes.Voulez-vous faire des économies avec un papier peu lisse? Une feuille de qualité favorisera la douceur de l'écriture, on l'oublie souvent. Vous préoccupez-vous peu de savoir si votre plume est bien positionnée par rapport au papier ? Vous gagnerez à revoir votre (mauvaise) habitude... Le Falcon n'est pas – et ne veut pas être – un stylo tout-terrain. Il s'apprivoise et demande une période d'accoutumance. Alors, et alors seulement, il délivrera son savoir faire. La plume est souple, pas extra-souple. Ce constat est normal, compte tenu de ce que j'ai rappelé plus haut. Le débit est remarquable de régularité et l'encre parvient au papier en toute circonstance, ce qui est peu fréquent pour une plume dotée d'une certaine souplesse. La souplesse de la plume du Falcon ne doit pas conduire à en abuser : c'est en fait en exerçant une pression modérée que la plume du Falcon est la plus agréable. Elle délivre alors sa souplesse en douceur, discrètement, en conférant juste ce qu'il faut de nerf à l'écriture. Les plus radicaux défenseurs des plumes « à l'ancienne » vous diront que si on ne peut pas appuyer fortement les verticales, ça ne sert à rien d'avoir une plume souple... Ils reliront avec intérêt ce qui précède, mais ils garderont probablement leur plume des années 1920 ! Le Falcon est un stylo d'aujourd'hui, pour scripteurs d'aujourd'hui ! Alors que le Falcon en plume moyenne conviendra au plus grand nombre, celui équipé d'une plume fine est d'un usage plus spécifique. Les remarques faites pour la plume moyenne prennent d'avantage de relief ici : Il faut « apprendre » le Falcon à plume souple fine. La pression sera très modérée. La qualité du papier aura son importance. La position de la plume, les deux pointes des becs bien à plat sur la feuille, sera essentielle. Alors on appréciera le débit parfait, la relative souplesse de la plume (relative puisqu'on s'abstiendra d'appuyer trop fortement, sauf à se discipliner pour n'exercer la pression que sur les verticales descendantes – ce qui correspond d'ailleurs aux règles souvent oubliées de la calligraphie) et la capacité de cette plume à écrire très fin ou très petit. La plume fine (et il existe une plume extra-fine !) est une plume spécifique pour des utilisateurs particuliers ! Au fait, elle est remarquable pour dessiner, façon gravure. Le trait est net, fin, régulier... Un bonheur ! L'avis du spécialiste Janine Forestier à Nice «Creutz & Fils» Depuis des années aucun fabriquant européen ne peut fournir des plumes réellement extra fines et pourtant si vous écrivez petit, ce n'est pas à vous de changer la taille de votre écriture mais c'est au spécialiste de vous fournir la plume qui vous convient. Tous les «matheux» savent de quoi je parle, 95% d'entr'eux ont du mal à trouver une plume qui leur convient. Avec le falcon de pilot plus de problème: matheux, myopes et économisateurs de papier en tous genres venez l'essayer, vous serez convaincus.