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Le stylographe n°24

Pelikan Ductus Platine

Le stylographe n°24 · Rubriques · Numéros · Les archives · Les articles

Le ductus… c'est le mouvement de la plume dans une écriture cursive. Pour la première fois depuis cinquante ans – hors séries limitées – Pelikan s'éloigne de l'esthétique de la ligne « Souverain » (capuchon noir et corps semi-transparent, ligné vert, brun, bleu ou rouge), et ce sans renier une certaine parenté stylistique. Le Ductus testé est le modèle à plume (largeur d'écriture « moyenne ») en résine noire et attri- buts platine. Il s'agit d'un grand stylo, un peu plus long que le M 800, mais de diamètre comparable. Clin d'œil aux productions traditionnelles de Pelikan, le corps est en résine noire et les rayures habituellement situées sur le corps ont migré sur le capuchon, dont l'extrémité s'orne d'un cabochon plaqué platine. L'ensemble est très « tendance » et franchement masculin. Le clip, sobre et élégant, réinterprète le fameux bec de pélican de la ligne « Souverain » pour n'en être plus qu'une lointaine réminiscence. Comme toujours chez Pelikan, le capuchon se visse sur le corps, gage d'une bonne tenue dans le temps. Pour son système de remplissage, le Ductus aban- donne le piston, cher à Pelikan depuis la fin des années 1920 ! Les inconditionnels de la marque al- lemande regretteront cette concession à la modernité, les autres se réjouiront de l'adoption des car- touches, plus faciles à utiliser et à transporter que le flacon d'encre au fond duquel il reste toujours, de surcroît, quelques millimètres du précieux breuvage que le stylo ne parvient pas à aspirer… Le Ductus serait donc un « simple » stylo à car- touches… Non ! Pelikan a développé un ingénieux chargeur à cartouches : il suffit de dévisser l'extré- mité du corps pour libérer le chargeur, y placer une cartouche puis revisser le tout. La cartouche est automatiquement percutée lors du revissage. Pour ma part, je veux bien oublier le piston ! Uni- que petit regret : seules les cartouches Pelikan sont parfaitement adaptées, les internationales basiques n'assurent pas une bonne jonction avec le conduit. La plume marque aussi une évolution dans la production de Pelikan : elle est toujours en or, 18 carats et rhodiée pour s'assortir aux attributs du stylo, mais elle adopte une forme ramassée. Plus courte et compacte que celle du « Souverain M 800 », elle écrit toujours aussi agréablement ; le débit est excellent et la pointe parfaitement polie glisse sur le papier avec aisance. En revanche, les amateurs de plumes Pelikan souples feront le deuil de ces merveilles qui désertent progressivement les ateliers de montage de la maison de Hanovre. La forme de la plume du Ductus est génératrice d'une certaine rigidité adaptée aux utilisateurs de stylos-billes, mais qui frustrera les amoureux des pleins et des déliés… Les concepteurs du nouveau Pelikan ont sûrement considéré que l'évolution est à ce prix : disparition du piston et adoption d'une plume « standardisée » quoiqu'excellente à l'usage. Ces mêmes concepteurs sont heureusement res- tés fidèles à la tradition de qualité de leur grande maison. Le Ductus est en effet admirablement bien construit et tout porte à penser qu'il sera un compagnon fidèle. Le Ductus, qui existe aussi en roller, bille ou porte-mine, ainsi qu'avec des attributs en alliage d'or, est un très bon outil d'écriture. Il marque une évolution réelle du design de Pelikan, qui a su, dans le même temps, préserver sa réputation de qualité. L'abandon du piston et des plumes souples désorientera un moment les habitués nostalgiques de la marque allemande. Le Ductus sera cependant un instrument de conquête et son prix cohérent n'est pas la moindre de ses qualités.