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Onfray l’évadé

21 septembre 2015 — Rubriques · Rencontre avec · Numéros · Les archives · Les articles · Le stylographe n°48

Albert Camus avait eu son Louis Germain, Michel Onfray a eu son Lucien Jerphagnon ; comme Albert, Onfray n’a jamais oublié d’où il vient. Parmi les chouchous des plateaux télévisés il y en a qui nous embrouillent et qui nous endorment, il y en a qui nous rapetissent : Michel Onfray nous aide à grandir. Il est en cavale depuis l’âge de dix ans ; depuis qu’il s’est fait la belle, il s’est mis en tête de nous faire la courte échelle pour échapper aux murs des labyrinthes qui nous enferment. Et avec le temps, malgré l’ère du zapping, du populisme et du tout à l’ego, il continue à nous attirer vers le large qui borde sa Normandie, il nous fait survoler le mont qui porte son prénom : avec lui, nous atteindrons peut-être l’âge de raison. Vous n’êtes ni agrégé des universités, ni normalien, ni Parisien mais vous êtes un éveilleur de curiosité, un passeur de savoir, un agitateur de passions, un empêcheur de penser en rond. Vous êtes surtout un veilleur, une vigie vigilante, cette part de lumière qui, à l’exemple de la clarté des étoiles, nous protège du grand naufrage de la pensée qui pourrait être provoqué par les sirènes de la barbarie du conformisme, de la pensée paresseuse, dupliquée ou formatée, et de l’amnésie. Vous portez bien votre patronyme et votre prénom : « Onfray», « Honfroy», nom rencontré en Normandie, d’origine germanique, latinisé en Unfridus, de hunn = ours et de frid = paix. Vous seriez donc une sorte d’ours de la paix. Michel, prénom du chrétien que vous n’êtes pas, de l’archange qui domine le mont qu’il sanctifie et qui terrasse nos démons : ceux de nos ignorances et de nos amnésies. Vous avez certes parfois un côté ours lorsque il vous arrive de vous emporter au grand délice des medias qui recherchent le buzz et l’audimat ; vous pouvez même vous comporter en guerrier : pour les hyperboréens et les Celtes, l’ours représentait la caste guerrière, en opposition à la caste des prêtres et des druides ; mais vous êtes en fait un homme de paix. À vos yeux, la barbarie ne se combat ni par la haine, ni par le mépris, ni par la violence mais par l’éducation. En dehors de deux ouvrages utilitaires souvent manipulés, cornés, pliés, déchirés, le dictionnaire de votre père, ouvrier agricole, et le livre de cuisine de votre mère, femme de ménage, il n’y avait pas de livres chez vous, à Chambois, dans la petite maison de ce bourg normand de 500 âmes, près d’Argentan dans l’Orne, où vous avez vu le jour. 17 m2 au rez-de-chaussée, 17 m2 à l’étage. Vous viviez à quatre dans la même chambre sans salle de bain, et sans chauffage Vous avez vite appris à lire et à écrire, avant le CP, grâce aux bons soins d’une ancienne bonne de curé qui s’est penchée sur votre enfance. Parce que vous aimiez les livres, vous étiez «l’intellectuel», autant dire pas grand-chose dans votre milieu d’origine. Votre frère, né deux ans après vous, c’était « le manuel», la valeur sûre : celui qui aurait un «vrai métier». Et puis vous avez eu le sentiment de mourir au sortir de votre enfance, «par une belle après-midi d'automne, dans une lumière qui donnait envie de l'éternité»... Abandonnée dans un cageot à la porte d'une église, votre mère ne s’était jamais remise d’un rejet qu'elle allait reporter sur vous de mille manières jusqu'à cette rentrée scolaire où elle vous abandonna, à l'âge de dix ans, dans un orphelinat tenu par des prêtres salésiens pédophiles, alors que vous n’étiez pas du tout orphelin puisque vos parents étaient bel et bien vivants. Votre douleur, c'était précisément votre mère. Alors que vous n’étiez pas insupportable, elle ne vous supportait pas. Elle vous frappait compulsivement avec tout ce qui lui tombait sous la main. Pain, couverts, objets divers : avec n'importe quoi. Elle portait pour toujours une plaie de laquelle le sang coulait depuis le portail de l'église où elle avait été abandonnée. Vous auriez pu ne pas survivre à cet orphelinat de Giel, à cette «fournaise vicieuse», à cet abandon, à ce manque d’amour. Alors, le savoir est devenu votre planche de salut, le facteur de votre seconde naissance ; vous vous êtes accroché à la lumière de l’esprit pendant quatre années passées dans un enfer géré par des hommes qui se disaient prêtres. À la maison, votre mère chérissait votre petit frère, autant qu’elle continuait à vous rejeter. Votre père laissait faire : il n’aimait pas les conflits. Le livre fut votre Sésame, votre téléporteur, votre clef des océans: vous avez mis cap au grand large dans le sillage des lignes de Pierre Loti et d’Ernest Hemingway. C’est la grande symphonie littéraire des vagues, des ressacs et des embruns, l’appel des marées, le chant des sirènes, le hurlement des tempêtes qui vous ont sauvé en vous inventant des souvenirs de bourlingueur. La vie s’est alors enfin révélée sous son autre jour. Six ans avant votre naissance, Jacques Brel avait écrit une chanson qui serait reprise par Barbara en 1961 et dont les deux premières strophes résument bien votre évasion sur les ailes de la lecture et de l’écriture : Derrière la saleté. S'étalant devant nous Derrière les yeux plissés Et les visages mous Au-delà de ces mains Ouvertes ou fermées Qui se tendent en vain Ou qui sont poings levés Plus loin que les frontières Qui sont de barbelés Plus loin que la misère Il nous faut regarder Il nous faut regarder Ce qu'il y a de beau Le ciel gris ou bleuté Les filles au bord de l'eau L'ami qu'on sait fidèle Le soleil de demain Le vol d'une hirondelle Le bateau qui revient Vous avez compris que la vie, même lorsqu’elle devient le reflet de toutes les barbaries, est aussi d’une certaine manière un formidable cabinet de curiosités que vous nous faites parcourir, en utilisant ce pouvoir qui vous caractérise et qui vous permet de faire alternativement couler et croustiller les mots et de nous faire découvrir des noms de porteurs de lumière. Votre vie passée fait penser à ces trains électriques que les enfants sages et nantis déploient dans le grenier de leur enfance et qui nous donnent le sentiment de résumer la vie aux caprices de leurs rails et de leurs aiguillages ouverts ou fermés. Elle n’est faite que de basculements, de rencontres, d’échecs qui souvent furent les clefs de vos réussites. À 11 ans, vous lisez Jean Rostand, qui lui-même avait découvert,au même âge, les Souvenirs entomologiques de Jean-Henri Fabre. Albert Jacquard avant la lettre, cet homme plus encore philosophe que biologiste, cherchait à alerter l'opinion sur la gravité des problèmes humains qui caractérisaient une planète déjà menacée par l’homme. Considérant la biologie comme devant être porteuse d'une morale, il stigmatisait les humains lorsqu'ils jouent aux apprentis sorciers. Vous avez écrit à ce grand monsieur qui ne vous a jamais répondu. Une photo qui faisait la promotion de votre orphelinat vous montrait en petit laborantin, étudiant la vie sous l’œil d’un microscope. Vous pensiez vouloir devenir biologiste : c’est en fait déjà la philosophie qui vous fascinait parmi les sciences et les sciences humaines. Ensuite, on a proposé à votre mère de vous orienter vers un CAP de fraiseur tourneur. Aiguillé vers une sorte de compromis, vous avez raté un concours d’entrée «en seconde T3 orienté vers un bac F7» qui vous aurait permis de devenir une sorte de commis de laboratoire, laveur de tubes à essai et nettoyeur de paillasses. Après avoir échappé aux classes «technologique» du lycée AugustinFresnel, c’est en fin de compte le lycée privé Jeanne d’Arc qui vous accueille, après la troisième, en seconde scientifique. Là, un professeur de français réalise, en lisant devant la classe entière votre commentaire de texte sur le Paon – un conte poétique tiré des Histoires naturelles de Jules Renard – que vous relevez de la seconde littéraire avec un don évident pour l’analyse, la synthèse et l’écriture. Mais il vous tarde alors de vous émanciper. Vous passez un concours qui vous permettrait de devenir instituteur. Vous échouez. Vous rentrez en terminale à 16 ans et vous allez voir les cheminots de la gare d’Argentan : vous pourriez devenir conducteur de train. Ils vous incitent à passer votre bac et à faire votre service militaire… Un ami rencontré alors que vous étiez en première vous incite à entrer en fac de philo en vous envoyant des cours et des programmes qui vous donnent à penser que le défi est à votre portée. Car vous êtes un perfectionniste et vous préférez refuser un job alléchant lorsque vous ne vous sentez pas à la hauteur. Vous avez failli devenir biologiste, fraiseur tourneur, laveur de paillasse, instituteur, cheminot ; le destin en a voulu autrement : vous voilà inscrit en philo à l’université de Caen et suivant les cours de celui qui va devenir votre maître, votre mentor : Lucien Jerphagnon, historien, philosophe, spécialiste de l’Antiquité et de saint Augustin, disciple de Vladimir Jankélévitch et de Jean Orcibal. Entre 1979 et 1982, vous devenez stagiaire journaliste à la rédaction d'Argentan du quotidien Ouest-France pour financer vos études. Après avoir soutenu à 27 ans une thèse de troisième cycle intitulée «Les implications éthiques et politiques des pensées négatives de Schopenhauer à Spengler», sous la direction de Simone Goyard-Fabre au centre de philosophie politique et juridique de l'université de Caen, vous refusez la perspective d’une carrière universitaire, préférant rester auprès de votre compagne et enseigner la philosophie dans les classes terminales du lycée technique privé catholique Sainte-Ursule de Caen, de 1983 à 2002. En 1987, à 28 ans, survient ce que vous appelez votre «hapax existentiel», un événement unique imprévu et soudain qui fait naître brusquement et nécessairement un cheminement de vie et de pensée original et personnel : vous frôlez la mort lors d'un infarctus suivi, quelques temps plus tard, d’un AVC qui vous empêche provisoirement d'écrire et provoque un nouvel accident cardiaque. Ce basculement va changer beaucoup de choses dans votre vie : il va faire de vous un incroyable graphomane, un passeur infatigable et passionné, tout en activant en vous quelques belles idées. En 2002, après le «choc du 21 avril» qui voit Jean-Marie Le Pen accéder au second tour de l’élection du président de la République, vous démissionnez de l’Éducation nationale et vous décidez de créer une université populaire pour répondre à ce que vous qualifiez de «nécessité d'éducation collective», éducation que vous voulez libertaire et gratuite. Vous vous implantez à Caen, où vous organisez chaque année un séminaire de philosophie hédoniste qui sous-tend votre «contre-histoire de la philosophie». Vous misez sur le désir de savoir de vossemblables : les débats, les forums, les rencontres, les séminaires, les universités d’été, les succès de librairie des classiques latins ou des essais, la multiplication des collections d’idées chez les éditeurs. Entre l’offre élitiste de l’université et l’improvisation des cafés philo, vous proposez un enseignement renouvelé passant par la lecture des auteurs plutôt que par ce qu’on en a dit. Votre « Université Populaire» retient de l’université traditionnelle la qualité des informations transmises, le principe du cycle, qui permet d’envisager une progression personnelle, la nécessité d’un contenu transmis en amont de tout débat. Elle garde du café philosophique l’ouverture à tous les publics, l’usage critique des savoirs, l’interactivité et la pratique du dialogue comme moyen d’accéder au contenu. Vos cours attirent vite un petit millier de participants par séance. Ils sont repris sur les antennes de France Culture et sont vite édités en version sonore par les Editions Frémeaux et par Radio France. Comme votre maître Lucien Jerphagnon vous êtes devenu un formidable chasseur de clichés et d’idées reçues. On vous accuse parfois de mener un plan de carrière, de jouer systématiquement au chevalier blanc pourfendeur d’idoles. Votre parcours et votre bibliographie suffisent à démentir ces procès d’intention. 80 % d’une petite centaine de livres, très souvent traduits dans le monde entier, ne sont même pas commentés par une presse qui ne semble s’intéresser qu’à ce qui peut déclencher des polémiques, donc du buzz. Qui évoque dans la presse les 27 titres publiés depuis 1993 aux éditions Galilée ? Qui évoque L’œil Nomade (1993), Métaphysique des Ruines (1995), Splendeur de la catastrophe (2002), Les icônes païennes (2003), Epiphanies de la séparation (2004), Le chiffre de la peinture (2008) : des livres qui analysent les œuvres peints de Jacques Pasquier, Monsu Desiderio, Vladimir Vélickovic, Ernest Pignon Ernest , Gilles Aillaud et Adami ? Qui évoque votre Archéologie du présent (2003) ou Fixer des vertiges, votre analyse des photographies de Willy Ronis (2007) ? Lorsque vous citez les philosophes hédonistes ou les soi-disant présocratiques contemporains de Socrate ou postérieurs à sa mort, seuls vos auditeurs «populaires» sont à l’écoute. Pour que les medias réagissent, il faut que vous brisiez les clichés qui concernent Jésus, Freud, Sartre ou Sade… Alors la violence déclenchée par ces polémiques vous attire des foudres d’une violence inouïe. La publication du Crépuscule d'une idole, l’affabulation freudienne», en avril 2010, vous a valu la haine d’Elisabeth Roudinesco et trois mois de campagne médiatique calomnieuse. Vous avez été accusé d’être antisémite, sympathisant de l’extrême droite, et des démarches ont été déclenchées pour essayer de faire que les subventions régionales qui soutenaient l’université populaire soient suspendues… au nom de la liberté d’expression ! Dans ces cas extrêmes, vous restez droit, et vous pensez à votre père : il est votre point de référence. Votre vie n’a jamais été facile. Le 8 août 2013, votre compagne, Marie-Claude Ruel, ce professeur d'italien et de français que vous avez rencontrée en 1977 dans la librairie d’Argentan, a rejoint le paradis des belles âmes après trente-sept ans de vie commune et après que vous ayez vécu ensemble un long combat de treize ans contre une «longue maladie». C’est la lecture qui vous a toujours permis de supporter les ingratitudes, les tragédies de la vie. À 19 ans, lorsque vous avez écrit votre premier texte sur les socialistes utopiques, Charles Fourier et les autres, pour votre directrice de thèse, vous avez lu les œuvres complètes de Fourier afin de rédiger les quatre feuillets demandés. Vous ne vous êtes pas contenté de lire en quelques heures des analyses coupées collées dans quatre encyclopédies de référence. Depuis, vous avez administré ce traitement à tous les philosophes que vous avez étudiés. Vous êtes un homme libre, qui ne doit rien à personne, ni à l'Université, ni à Paris. Dès lors que vous ne reprenez pas le chant de la pensée admise et convenue, vous devenez une cible. Les précieux-pédants ridicules, terroristes intellectuels de tous bords ne sont pas morts… Vous avez appris à écrire avec cette même bonne de curé qui vous avait appris à lire. Vous avez gravé en vous le souvenir des plumes Sergent Major, celui des encriers de porcelaine, de l’encre en poudre diluée avec de l’eau et du bec verseur des bouteilles. Le geste des potaches qui jetaient de la craie dans les encriers pour saboter l’écriture de leurs victimes expiatoires. Mai 68 est venu avec son lot de pointes Bic trop dures à votre goût. Vous préfériez la plume acier des Stypen et autres stylos flashy, mais votre énergie donne à votre main des gestes qui massacrent les plumes et votre petit musée personnel renferme des reliques dont vous ne vous servez pas pour écrire de peur d’en écraser les plumes : l’Edaccoto vert marbré de votre père, le Montblanc Meisterstück 149 de votre maître Lucien Jerphagnon, le «supertanker» de la marque, qui vous a été offert par sa fille après son décès, votre premier Montblanc 146 (vous aviez trop de respect pour vous offrir le modèle supérieur…), un Waterman noir et deux Waterman couleur. Pendant longtemps, vous avez rédigé sur la page de droite de cahiers Clairefontaine grand format à l’encre noire. Vos premiers essais d’écriture au clavier dénaturaient vos textes. Vous avez mis du temps à vous y faire mais l’écriture manuscrite vous sert toujours à la prise de notes sur des copies doubles découpées en 4 pour être transformées en fiches. Vous avez pris les notes pour votre contre-histoire de la philosophie à l’encre violette. Vous corrigez souvent vos tapuscrits à l’encre rouge et à la main, parfois plus directement sur l’ordinateur. Aujourd’hui, vous réutilisez le papier des tonnes de courrier que vous recevez. Tout est classé, ordonné dans des chemises et sous-chemises. Autour et alentours de votre scriptorium, les murs de votre appartement ne sont que des bibliothèques rangées dans un ordre monacal. Vous avez longtemps cru qu’on devait avoir une seule montre ou un seul stylo pour la vie. La vie ne vous a pas donné raison. Ceux qui vous ont fait du bien sont ceux qui vous ont rassuré. Vous avez vous-même ce caractère rassurant, donc bienfaisant, même quand vous nous déstabilisez : vous nourrissez les puits d’inculture que nous sommes sans jamais nous mortifier, sans nous culpabiliser. Après l’Université populaire, très généraliste, vous avez créé une Université populaire du goût. Vous avez tenté une Université populaire du théâtre. Celle-ci reste à réactiver. Il y a peut-être, qui sait, d’autres thèmes, d’autres universités à développer. La 13e saison de l'Université Populaire de Caen s’est achevée en juin dernier. Tout au long de l'année, 127 cours y ont été dispensés bénévolement par différents intervenants. Elle vous a permis de clore votre cycle de «la contre-histoire de la philosophie». Elle va s’ouvrir sur un nouveau cycle en 2015/2016, alimenté par l’esprit encyclopédique qui sous-tend votre prochain triptyque philosophique, dont le premier des trois tomes, Cosmos, est déjà paru. La 14e saison de l'Université Populaire de Caen sera diffusée sur France Culture mais vous recherchez actuellement 22000 euros pour qu’une salle continue à accueillir vos 1000 «étudiants» de tous âges et de toutes conditions, pour avoir le droit de continuer à travailler bénévolement, et vous êtes fatigué de vendre des parapluies, des crayons à papier et des clés USB pour faire ce genre de choses… Ces médias, ces usines à buzz qui vous chérissent tout en vous poignardant, vous n’avez à leur égard aucune complaisance : le 2 avril 2015, à Cannes, vous avez rappelé à quel point la télévision fabrique de la réalité avec de la virtualité. À vos yeux, elle ment en permanence. Il devient impossible de penser les choses. Tout devient affectif, instantané tandis que le philosophe met en perspective. Selon vous, la terrible tragédie qui sous-tend «Je suis Charlie» a fini par symboliser la manifestation du triomphe des médias populicides, qui cherchent à transformer le peuple en populace, en gibier d’audimat, en ce que Saint-Exupéry appelait «un bétail doux, soumis et tranquille»... Le peuple, ainsi devenu populace, parce qu’incité au populisme, deviendrait trop malléable et pourrait finir par obéir au doigt et à l’œil. Il deviendrait toujours plus manipulable, plus docile, plus passif. Peut-être faudrait-il qu’un jour l’un de vos rêves devienne réalité et «qu’advienne la politique douce pour que cesse la morale cruelle». Peut-être est-ce la logorrhée du robinet toujours ouvert des medias «en temps réel» qui vous incite à priser aujourd’hui les haïkus, ces petits poèmes japonais extrêmement brefs visant à dire l'évanescence des choses. Aidez-nous à nous faire la belle Michel Onfray : restez un évadé !