Même Les Poèmes Sont En Fin De Compte Écrits Directement À L'Ordinateur ?
29 novembre 2007 — Rubriques · Numéros · Les archives · Le stylographe n°20 · Les articles
Maintenant oui. Même si j'ai gardé sur mon bureau une collection de vieilles plumes sergent major avec leur porteplume en bois. J'ai longtemps cru que je ne pourrais écrire de poèmes qu'à la plume… N'est-ce pas l'instrument noble par excellence, celui qui «contient» l'écriture… Ecrire directement à l'ordinateur est un choix récent. Il correspond au moment où j'ai commencé Une hache pour la mer gelée. J'ai alors voulu «formaliser» davantage mes textes: il s'agissait de faire des blocs de vers ; ce que permet l'ordinateur. J'ai ainsi repris et transformé le moule initial du sonnet (qui est une grande forme traditionnelle de la poésie), en y ajoutant un vers. C'était une façon de dire: «on a changé de millénaire !» Mes sonnets ont ainsi pris la compacité d'une écriture contemporaine. Je crois qu'il faut reprendre des éléments formels de la tradition en leur ajoutant de nouveaux caractères qui en font une écriture d'aujourd'hui. On a le sentiment que plus que les objets d'écriture, ce qui compte ici ce sont les processus et les rituels, les stratégies… - Je n'écris de poèmes qu'au bord de la mer. Aucun ne m'est venu à Bourg-la-Reine. Depuis Colorature, composé en 1976, à Lesconil, en pays bigouden, je n'ai jamais écrit ailleurs qu'en Bretagne. Il me faut des marées et le souffle puissant de la mer. Je respecte toujours le même rituel. Quand je suis au bord de la mer, mes journées sont organisées de façon très rigide. Après le petit déjeuner du matin, je m'oblige à un minimum de deux heures de marche sur le rivage, sans rien faire d'autre que m'imprégner comme une éponge du bruit des vagues. Puis je retourne à l'hôtel, dans ma chambre, fenêtres ouvertes face à la mer pour continuer d'entretenir sur le papier un dialogue soutenu par son rythme. J'écris jusque vers 17 ou 18 heures… A l'ordinateur…