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LES TROIS MOUSQUETAIRES ÉTAIENT EN RÉALITÉ QUATRE : COMME LES TROIS ARCHERS…

21 mars 2016 — Rubriques · Numéros · Les archives · Le stylographe n°50 · Les articles · A la découverte

« Aux Trois Archers » : c’est dans le deuxième arrondissement de Lyon, au 90 rue Edouard Herriot, l’un des plus beaux points de vente de la capitale des Gaules consacré à l’écriture. Stéphanie Benaud y règne comme d’Artagnan sur sa petite compagnie de trois archers, de trois orfèvres du stylo à plume : un homme et deux femmes dont sa maman Anne-Marie. Le logo de la boutique pourrait être celui d’une grande marque de stylos à plume. On pense à la célèbre flèche de Parker. La rue des Archers toute proche appartient au quartier des cordeliers situé sur la presqu’île de la ville. Elle évoque le souvenir d’une caserne d’archers du roi : les archers, des guerriers qui devaient veiller à l’excellence dans la fabrication des arcs et des flèches qui conditionnaient la précision de leurs tirs. Ce sont ces trois archers visibles sur une façade d’immeuble de l’actuelle rue des archers qui ont donné son nom à la papeterie créée dans les années 1950 rue Edouard Herriot et qui est devenue en 1974 le temple des instruments d’écriture, des beaux objets et de la maroquinerie : trois belles flèches dans le carquois de Stéphanie Benaud qui a relevé le flambeau allumé par sa mère Anne-Marie et par son père Philippe il y a quarante ans. L’évolution des «Trois archers» n’est pas le fruit du hasard. Depuis la fin du siècle dernier, ce quartier de Lyon situé entre la Sâone et le Rhône est devenu la presqu’île aux trésors, le triangle d’or des enseignes de luxe : Dior, Vuitton, Hermès, Cartier, Céline… Les archers n’avaient qu’à fourbir leurs flèches… Tout est noble dans ce quartier : la jolie façade des immeubles de quatre étages qui donnent à la ville un air, un charme Italien, les grilles de fer forgé des balcons, la lumière chaude des rues. On est à proximité de la place Bellecour et de la maison natale de ce prince de l’écriture et de l’aviation qu’était Antoine de Saint-Exupéry, le créateur du Petit prince. La boutique Aux Trois Archers vient d’avoir 60 ans. Elle respire la lumière, le luxe, le calme et la volupté. Ses deux grandes vitrines et les quatre portants de pierre qui forment sa devanture révèlent un écrin intérieur tapissé de panneaux de chêne cérusé clair qui rappellent les matériaux utilisés par des marques de stylos comme Faber-Castell et qui alternent avec des vitrines à dominantes grises. Parfum du cuir finement travaillé, senteurs d’encre lorsque vous trempez dans un encrier la plume d’un stylo que vous venez essayer. L’imagination fait le reste. Le maître mot de la famille Benaud tient en trois syllabes : transmission. Pour Stéphanie Benaud, les marques les plus porteuses Aux Trois Archers sont Montblanc, ST Dupont, Graf von Faber-Castell, Caran d’Ache, Pilot et Namiki. Viennent ensuite de belles marques italiennes, comme Visconti, Delta, Montegrappa, et puis enfin Cross, Parker et Waterman. Les clients de la région comme les clients de passage viennent chercher Aux Trois Archers ce qu’aucun écran plat ne peut leur apporter : la rencontre avec l’accessoire, l’objet, l’outil d’écriture, le raffinement de la belle plume gravée, la sensation unique du glissement de cette plume sur le papier. Les jeunes trentenaires viennent acquérir le premier beau stylo qu’ils peuvent se permettre de s’offrir, en général un Montblanc. Les passionnés convoitent des éditions limitées. Tous sont en quête de conseils et d’informations sur l’entretien des stylos, des matériaux qui les composent, résines, bois, métaux, caoutchouc, sans oublier la belle histoire de ces objets. Le web de la boutique est là pour leur permettre de prendre leurs marques. Il est à la hauteur du lieu. Mais il sert de vitrine plus que de guichet commercial. Rien ne remplace le toucher, la sensation, le ressenti, l’indicible alchimie qui survient lorsque la plume, l’encre et le papier s’entre épousent.