LE PALAIS DE SANSSOUCI
21 mars 2015 — Le stylographe n°47 · Rubriques · Numéros · Les archives · Les articles · Gros plan
Le roi de Prusse n’a que 30 ans lorsqu’il décide de se faire construire son petit Trianon à lui, un petit palais sans prétention où il veut vivre sans soucis, sans femme (la reine, dont il vit séparé, n’y a pas d’appartement) sans contraintes et recevoir musiciens, écrivains, philosophes... Dans ce but, il fait appel à l’architecte Georg von Knobelsdorf, avec qui il partage le goût du rococo et qui va réaliser le projet dont il a lui-même dessiné les plans. Le roi y réunit ses proches – Voltaire en fait partie et la conversation se fait uniquement en français – pour des repas en petit comité, des tabagies ou des concerts quotidiens pendant lesquels le roi se met souvent à la flûte. Le bâtiment de dix pièces s’étend sur un seul niveau, au sommet d’une colline en terrasses, au centre du parc à la française dans lequel il ajoutera plusieurs folies, dont l’étonnant pavillon chinois. Mais ce n’est que vingt ans plus tard que le souverain construit le Nouveau Palais, à l’ouest du parc. Cette construction plus ambitieuse et spectaculaire, dans le plus pur style baroque, est à l’opposé du projet intime de Sanssouci. Il s’agit alors de démontrer au monde la puissance et la force de la Prusse et d’affirmer que le pays conserve intactes ses ressources en dépit de la quasi défaite prussienne lors de la guerre de Sept Ans. Frédéric le Grand ne cache pas ses intentions et parle même de cette nouvelle construction comme d’une «fanfaronnade». Somptueuses salles de fêtes, galeries majestueuses, appartements princiers, théâtre baroque : tout est fait pour impressionner les hôtes de la haute noblesse allemande et européenne et les recevoir dignement. Les pierres naturelles ornementales, auxquelles la Prusse a accès en masse depuis qu’elle a conquis la Silésie, jouent un rôle particulier dans ce décor fastueux. Avec ses lambris en marbres multicolores et ses sols incrustés de jaspe, d’améthyste et de serpentine, l’intérieur du Nouveau Palais est d’un luxe inouï, inédit en Europe. En tant que roi et grand connaisseur de pierres naturelles ornementales, Frédéric le Grand s’intéresse de très près aux riches gisements silésiens, auxquels un droit de souveraineté particulier lui donne accès depuis sa conquête de la région. Il se rend lui-même en Silésie pour rechercher les plus belles pierres, notamment la chrysoprase. Le monarque a un vrai coup de cœur pour cette pierre, qui se décline en plusieurs tons, du vert émeraude au vert pomme, et qui est considérée comme la variété de quartz la plus précieuse. Souvent considéré comme le Versailles prussien, ce magnifique édifice surpasse tous les autres châteaux frédériciens par la diversité des pierres naturelles utilisées. C’est de sa fascinante architecture que le Stylo de l’Année 2015 «Sanssouci, Potsdam » s’est inspiré.