Le manuscrit de la « nuit » de Blaise Pascal « Joie, joie, joie, pleurs de joie… »
21 mars 2015 — Le stylographe n°47 · Rubriques · Numéros · Les archives · Actualité évènementielle · La côte du stylo · Les articles
23 novembre 1654 Dans la nuit du lundi 23 novembre 1654, alors qu’il établira bientôt les bases du calcul des probabilités, Blaise Pascal vit une nuit mystique au cours de laquelle il est touché par la grâce… En moins de deux heures, la foi envahit son âme avec la force de l’incendie et la soudaineté de l’explosion. Cette irruption de la grâce prend la forme d’un tel embrasement, que les mots semblent ne suffire pour décrire ce qu’il vit. Parce qu’il n’arrive pas à se relire, Pascal recopie immédiatement son premier manuscrit… Pour la première fois de sa vie, il n’est plus la source de la lumière. Il en est le réceptacle. Il vient de découvrir que Dieu n’est pas l’aboutissement de la vie mais qu’il en est le point de départ. Il vient en fait de renaître. Jusqu’à sa mort, huit ans plus tard, il garde le parchemin et son double, cousus dans la doublure de son pourpoint, comme afin de conserver au plus près de son corps terrestre et pour mieux la transmettre, la trace si précieuse, la preuve manuscrite, l’écriture de la grâce. L'an de grâce 1654, Lundi 23 novembre, jour de saint Clément, pape et martyr, et autres au martyrologue, Veille de saint Chrysogone, martyr, et autres, Depuis environ dix heures et demie du soir jusques environ minuit et demi, feu. « Dieu d'Abraham, Dieu d'Isaac, Dieu de Jacob, non des philosophes et des savants.» Certitude. Certitude. Sentiment. Joie. Paix . Dieu de Jésus-Christ. Deum meum et Deum vestrum.(Je monte vers mon Dieu et votre Dieu.) «Ton Dieu sera mon Dieu.». Oubli du monde et de tout, hormis Dieu. Il ne se trouve que par les voies enseignées dans l'Evangile. Grandeur de l'âme humaine. «Père juste, le monde ne t'a point connu, mais je t'ai connu.» Joie, joie, joie, pleurs de joie. Je m'en suis séparé : Dereliquerunt me fontem aquae vivite (Ils m’ont abandonné, moi la source d’eau vive) « Mon Dieu, me quitterez-vous ?» Que je n'en sois pas séparé éternellement. Cette est la vie éternelle, qu'ils te connaissent seul vrai Dieu, et celui que tu as envoyé, Jésus-Christ, Jésus-Christ. Jésus-Christ. Je m'en suis séparé; je l'ai fui, renoncé, crucifié Que je n'en sois jamais séparé. Il ne se conserve que par les voies enseignées dans l'Evangile. Renonciation totale et douce.