LE CÔTÉ OBSCUR… DU MOYEN AGE -VISCONTI HOMO SAPIENS Dark Age
21 mars 2016 — Les tests sous la loupe · Rubriques · Numéros · Les archives · Le stylographe n°50 · Les articles
Visconti, l’Italie, Florence… Ces trois noms évoquent la Toscane et sa douceur de vivre. L’Etna, par contraste, c’est le feu de l’enfer qui couve dans le noyau terrestre et la chaleur terrifiante de la lave basaltique orange qui coule sur ses flancs avant de refroidir en noircissant. Visconti, maison florentine fondée en 1988, allie ainsi pour sa dernière production ces éléments contrastés. Le stylo Homo Sapiens a été présenté il y a cinq ans déjà. Il avait fait sensation avec son corps et son capuchon en poussière de lave du volcan sicilien, mêlée de résine pour gagner en solidité, et ses attributs en bronze. Un an plus tard, Visconti proposait une variante de l’Homo Sapiens avec des attributs rhodiés. Aujourd’hui, la maison transalpine remonte le temps pour nous proposer une visite entre la fin du Ve siècle et le IXe siècle de notre ère. Cette période s’étale ainsi de la fin de l’Antiquité au début du Moyen Age et la naissance d’un grand empire chrétien. Elle est parfois décrite comme une phase sombre de l’histoire de l’Occident après les fastes de l’empire Romain. L’Homo Sapiens Dark Age évoque ainsi ces quelques siècles où l’Europe est passée d’un règne barbare au Saint Empire romain germanique. La lave de l’Etna est toujours aussi sombre et douce au toucher, mêlée à une résine qui en assure la cohésion. L’évolution est à chercher dans les attributs noirs et brillants. Le stylo, qui existe en deux tailles, est ici testé dans sa dimension «oversize». Je retrouve avec plaisir cette forme généreuse, à extrémités plates, et ce poids agréable en main. Je me réjouis de manipuler ce capuchon à baïonnette, système de fermeture durable comme un pas de vis, pratique comme un encliquetage – un coup de génie de Visconti ! Les bagues qui ornent le corps et le capuchon, ainsi que le célèbre clip en arc de cercle, monté sur articulation à ressort, sont revêtus d’un plaquage ruthénium PVD qui confère noirceur et brillance au métal. Dans un agréable souci de cohérence esthétique, la plume en palladium 23 carats, dite « Dreamtouch», est elle aussi plaquée de ruthénium mais son aspect est moins noir que les bagues. L’allure générale du stylo est réellement modifiée par rapport aux versions précédentes et le contraste créé entre le noir mat de la lave et le noir brillant est objectivement réussi. Je suis un peu moins convaincu par la gravure « Homo Sapiens» rehaussée de blanc (!) qui orne la bague du corps… Elle fait écho aux gravures latérales du clip, noires sur fond blanc, qui, à mes yeux, s’intègrent plutôt bien à l’ensemble. Si la version « medium » se remplit à l’aide d’un piston, cette plume oversize fait appel au système «power filler», à dépression, maintenant bien connu : on dévisse le bout du corps, on trempe la plume dans le flacon d’encre, on fait un mouvement de va-et-vient avec la tige qui porte le piston à dépression, puis on laisse la plume immergée pendant quelques secondes avant de revisser le bout du corps. Une fois le stylo rempli, je peux tester cette plume que je connais bien. Je ne poste pas le capuchon, qui déséquilibre un peu le stylo en ajoutant du poids sur l’arrière. Les doigts trouvent une position confortable sur la section et je retrouve l’agrément de contact, presque soyeux, de cette matière composite faite de résine et de lave. Dreamtouch ? Elle porte bien son nom, cette plume ! Elle confirme sa douceur totale sur le papier. Je ne constate aucune interruption dans le flux d’encre, et ce quelle que soit la vitesse d’écriture ou l’incidence du stylo par rapport à l’horizontale. Les amateurs de flexibilité se reporteront sur d’autres plumes Visconti mais, au risque de me répéter, une plume très douce est un outil beaucoup plus agréable au quotidien qu’une plume très flexible…Je me sépare avec regret de ce beau et bon stylo. Dois-je choisir entre les trois finitions à ce jour ? Je les prends toutes, tant elles confèrent à l’instrument un look réellement différent… Le prix du Visconti Homo Sapiens Dark Age est objectivement substantiel mais si on considère ses qualités et les innovations Visconti qu’il met en œuvre (matériau, baïonnette, Dreamtouch, power filler), il en devient raisonnable. Ce voyage dans les premiers siècles du Moyen Âge révèle ainsi bien des agréments, en dépit de son nom, qui évoque une période «sombre». L’Homo Sapiens que je suis est conquis.