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Les tests sous la loupe

LE BLANC VOUS VA SI BIEN… -PILOT JUSTUS 95

21 septembre 2016 — Les tests sous la loupe · Rubriques · Numéros · Le stylographe n°52 · Les archives · Les articles

L’honorable maison japonaise Pilot produit une variété considérable d’instruments d’écriture, des simples « rechargeables » aux fabuleux Namiki recouverts des laques les plus ouvragées. Au cœur de la gamme des stylos, l’originalité a su trouver sa place avec deux stylos remarqués : l’incontournable Capless, dont la dernière série limitée fait l’objet d’un « Sous la loupe » dans ce numéro, et le surprenant Justus. Depuis longtemps, les ingénieurs ont cherché à inventer des «deux-en-un», c'est-à-dire des instruments qui offrent une palette de compétences. On a vu des «combo», plume d’un côté, porte-mine de l’autre, des stylos à double pointe pour pouvoir disposer de deux couleurs d’encre, plus récemment des stylos dotés d’un embout plastique permettant d’effacer, par friction, ses erreurs. Pilot, pour sa part, a développé en 1979 un stylo dont la plume était à flexibilité variable, le Justus. Rendons à César, ou plutôt à Wahl Eversharp, ce qui lui appartient : au tout début des années 1930, cette maison américaine proposait un stylo à plume réglable au moyen d’un curseur assez fragile et difficile à manipuler mais qui permettait déjà de faire varier la flexibilité. Le Justus de 1979 innove largement puisqu’il suffit de tourner une virole située à la base de la section pour faire varier la souplesse de la plume ! Pour fêter ses 95 ans, en 2014, Pilot lance une version moderne de son Justus, le Justus 95, testé alors dans Le Stylographe. Pourquoi faire ? Si l’idée d’avoir plusieurs stylos en un n’est pas nouvelle, c’est qu’elle correspond à l’envie de beaucoup de scripteurs ! Vous avez du temps et un certain talent de calligraphe, vous souhaiterez disposer d’une plume flexible afin de tracer des pleins et des déliés. Elle sera fine en remontant ou en tirant un trait horizontal et plus large en descendant, les becs s’écartant sous la pression. Au contraire, lorsque vous êtes pressé et prenez des notes «à la volée», il vous faudra une plume plus rigide et douce sur le papier. Pilot a fait le pari de regrouper ces plumes sur un seul et même instrument : le Justus ! Comment ça marche ? La plume est en or 14 carats, assez flexible, et disponible en deux largeurs, fine ou moyenne. Une virole positionnée à l’extrémité de la section permet de faire descendre ou remonter le long de la plume, au-dessus de son axe médian, une tige en or 14 carats. Si elle est en position basse, elle évite que la plume s’éloigne du conduit sous la pression et que les pointes s’écartent. Le trait reste alors d’épaisseur constante. Si elle est relevée, la flexibilité de la plume peut jouer librement, autorisant les effets de pleins et déliés. Simple dans son principe, la chose est beaucoup moins facile à fabriquer et les ingénieurs de Pilot ont réussi un tour de force : la tige coulisse avec douceur lorsqu’on tourne la bague de réglage. Un stylo classique d’aspect, avec un détail qui le rend unique Le Justus 95 est un assez grand instrument, légèrement effilé aux extrémités. Le corps et le capuchon (vissant) sont en sont en laiton finement gravé puis teintés noirs , ce qui n’est pas sans lui conférer un aspect vintage. L’agrafe est de forme «cravate» avec un empennage de plume en décor et une fine bague orne les extrémités, cependant qu’une bague plus large doublée d’un fin liséré renforce le capuchon. La section est en résine noire. Elle comporte la fameuse virole, dont je signale qu’elle ne gêne absolument pas les doigts en position d’écriture. Cette virole comporte les indications H et S, indiquant le sens dans lequel il convient de la tourner pour obtenir l’effet recherché : rigide à gauche (H pour «hard»), souple à droite (S pour «soft»). La plume est assez grande et proportionnée à la taille du stylo. La tige mobile l’habille joliment, lui conférant un aspect vraiment unique dans la production mondiale. La nouveauté du Justus 2016, ce sont ses attributs rhodiés, qui lui donnent un aspect moderne. Deux visages à l’usage ? Alors, plusieurs stylos en un ? Je remplis le Justus au moyen du converter fourni. Cela me permet de constater que la finition d’ensemble est bonne, comme toujours chez Pilot. Je descends le barillet, sur ma plume moyenne, en mode H. La plume du Justus est en or 14 carats. Le trait est assez fin, comme toujours sur les stylos japonais, où un grade « M » vaut en fait presque un grade «F» sur un stylo européen. Je souligne au passage qu’une plume flexible permettra d’autant mieux des variations de trait qu’elle est fine lorsqu’aucune pression n’est exercée. Si j’appuie peu sur mon Justus, le trait est vraiment fin et permet notamment d’écrire petit et très net. Je tente bien entendu de mesurer la flexibilité en appuyant davantage mais les becs, maintenus par la tige, s’écartent peu. Cette première partie de l’essai d’écriture révèle l’excellent débit, très régulier, du conduit ainsi que l’agrément d’utilisation général et l’équilibre irréprochable de ce stylo qui trouve vite sa place en main. Je remonte ensuite la tige, en tournant la virole vers la droite, pour trouver de la flexibilité. J’écris d’abord sans varier la pression et ne constate qu’une imperceptible différence avec l’autre position. On gagne peut-être un peu en souplesse, mais à peine. En appuyant, les becs s’écartent un peu et la plume augmente alors un peu la largeur du trait. Pour maximiser l’effet, il faut appuyer assez fort et ralentir le mouvement, sous peine de générer des ruptures dans l’arrivée d’encre si la plume s’écarte trop du conduit. Avec l’habitude, on maîtrise mieux les variations de pression et on obtient des pleins et des déliés, mais qui demeurent dans un registre assez modeste si on les compare aux écritures réalisées avec les plumes anciennes les plus flexibles. Un agréable instrument au quotidien Je vais écrire plusieurs jours avec ce Justus. Je précise que l’on ne perçoit une différence que dans les positions extrêmes de la tige (H ou S, à fond). J’y ai trouvé de l’agrément : le stylo est assez léger, de belle taille et de parfait équilibre. Au quotidien, j’utilise la plume en mode « H ». Elle est alors très précise et douce et glisse sur le papier avec l’aisance d’un roller. J’aurais aimé encore plus de flexibilité en mode «S». Elle viendra peut-être avec le temps et l’usage mais, même comme ça, le Justus peut satisfaire tous ceux qui désirent une écriture un peu plus souple quand l’envie leur eprend. Le Justus redevient alors un stylo à plume «à l’ancienne», avec son tracé souple et confortable. Comme le blanc lui va bien et que son prix reste contenu, je suis persuadé que le Justus 95 attributs rhodiés trouvera des amateurs, tant en terme de confort calligraphique que d’adaptation aux exigences de l’écriture quotidienne.