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La « wish list* »

21 septembre 2016 — Rubriques · Numéros · Le stylographe n°52 · La Wishlist · Les archives · Les articles

Enfant, je faisais ma « liste au Père Noël »… Sa seule rédaction m’emplissait d’aise car elle était la promesse d’un cadeau futur, même si, bien entendu, l’honorable vieillard (ou ses suppôts, mes parents) n’était jamais assez généreux – ou assez fou – pour m’offrir la complète ! Pour les adultes, la liste change de nom, elle devient la « wish list » et l’offrant devient le rédacteur lui-même dans les cas les plus graves, parfois le conjoint ou les parents (encore eux), mais jamais Santa Clauss… Avez-vous eu la curiosité de demander à vos amis le «top ten» de leur « wish list » ? On y trouvera pêle-mêle, et dans le désordre, le dernier téléphone Androïd qui fait tout et permet même de passer des appels, le S.U.V. à transmission intégrale, sportif, allemand, survitaminé et hybride, les souliers en cuir patiné et tatoué, montés à la main par des artisans français, le «garde-temps» (comme c’est pédant pour parler d’une montre) suisse à complications et équipé d’un bracelet Nato, histoire de faire sport, le reflex numérique ultime à 50 mégapixels qui permet de voir les boutons d’acné d’une mouche adolescente appontée sur le nez de tante Hortense au moment où elle soufflait les bougies de ses 90 ans, à la maison de retraite Les Chrysanthèmes, le téléviseur à écran plasma de la taille d’un panneau publicitaire Giraudy, les vacances dans un gîte de très haute montagne rustique mais hyper confortable avec jacuzzi bio, sauna vegan, piscine naturelle et noté 9.99/10 sur Booking, un dîner chez le Grand Chef tibétain Ar-Nakh, qui fait des boulettes de bouse de yak au yaourt mongol comme personne… Je suis sûr que, comme moi, vous n’avez pas trouvé dans cet inventaire à la Prévert, le moindre instrument d’écriture. Incroyable, non ? J’entends déjà quelques voix s’élever pour rappeler que le stylo, ce n’est plus utile, de nos jours, avec les tablettes, les sms, les mails… Parce que les S.U.V. 4X4, en ville, c’est utile ? Parce que les montres qui donnent les phases de lune, c’est utile ? Parce que les téléphones qui proposent 50 applications, alors que vous n’utilisez en tout et pour tout que le navigateur web, l’appareil photo intégré et parfois la fonction appel et SMS, c’est utile ? Parce que l’appareil photo numérique ultrapuissant, alors que vous ne savez pas cadrer, que vous allez toujours en vacances au même endroit et que votre épouse et vos enfants sont moches, c’est utile ? Parce que manger des copeaux de bouse de yak en salade sur des racines macérées de fleurs de l’Himalaya, le tout arrosé de lait de chèvre rance, c’est utile (et bon) ? L’analyse selon laquelle le stylo à plume a disparu des envies des Français parce que l’usage de l’ordinateur s’est développé est donc totalement erronée. Les manufacture horlogères l’ont parfaitement compris et leur marché se porte objectivement bien. La situation pouvait pourtant leur sembler compromise : nous disposons en permanence, et sur de nombreux supports, de l’heure. Mon PC, ma tablette, ma voiture, mon four, mon téléphone… me donnent l’heure sans même que j’aie à étirer mon bras afin que le poignet mousquetaire de ma chemise remonte assez pour libérer la vue sur l’horloge portative qui contribue à la musculature de mon membre supérieur… Alors comment font-ils ? La réponse tient en deux mots et un objectif : communication et design, pour susciter l’envie. Ouvrez votre magazine préféré, voire votre quotidien, le nombre de pages de publicité consacrées aux montres est considérable ! L’ambassadeur de la marque auquel vous êtes censé vous identifier est un sportif de haut niveau, un acteur fameux ou un aventurier célèbre, et le tour est joué… Il vous la faut, cette montre ! Voilà pour la communication… Ensuite, le design : il évolue sans cesse, par petites touches, et le diamètre des montres change, rendant «franchement ringarde» la toquante achetée cinq ans plus tôt… Vers 2010, la montre d’homme idéale faisait entre 43 mm et 49 mm, soit le diamètre d’une pizza pour 4 personnes, aujourd’hui, on revient à 40 mm, voire 38 ou 39 mm. Les recettes peuvent sembler éculées, mais force est de constater qu’elles marchent à merveille. Si je reprends mon magazine préféré, je cherche les stylos… et ne les trouve pas, même à l’occasion des fêtes de fin d’année ! Et je dois admettre que certaines maisons peinent à faire évoluer l’esthétique de leur offre. Et trop nombreuses sont celles qui s’abstiennent d’un vrai effort publicitaire. Pas de stylos sur la wish list, alors ? C’est un tort. Il n’y a pas d’objet plus personnel, plus attachant qu’un stylo à plume. Il invite à prendre du recul, à se poser dans un monde qui va trop vite, à retrouver les plaisirs simples du remplissage, véritable cérémonie du thé où il faut prendre un peu de temps, être soigneux… Un vrai luxe. Avec le stylo, vient le carnet. Votre carnet, à choisir dans une vaste palette de couleurs, de grammage de papier, d’épaisseur et de format. Le carnet et l’encre, autre occasion de personnaliser votre écriture… Le carnet ? Je suis sûr que vous mettez vos rendez-vous sur l’agenda de votre téléphone et vos notes ou pense-bêtes dans l’application qui convient… et qui ne permet pas de déterminer ce qui est plus important ou essentiel que le reste. Et si vous notiez les choses essentielles (note, pensée, anniversaires, mémo…) dans un carnet, et en les écrivant avec votre stylo à plume ? Il suffit d’avoir le matériel, vous verrez… Jouez le jeu et vous ne pourrez plus vous en passer ! Comment coordonner avec votre agenda électronique ? Simple, comme un rituel immuable, j’ouvre mon carnet tous les matins, devant mon café… L’envie d’avoir… Mais comment connaître l’offre ? On peut faire court et pratique et aller sur un site web. Pratique mais frustrant et incomplet. On peut aussi vouloir toucher cet instrument manuel qu’est un stylo, écouter les conseils d’un professionnel, tester l’écriture d’un modèle qui plaît avant de l’acheter, se rassurer par la qualité d’un service après-vente de proximité. Dans ce cas, il suffit de pousser la porte d’une boutique dédiée. Vous y trouverez des stylos connus mais aussi des modèles moins courants, et de quoi faire plaisir ou vous faire plaisir. Vous y trouverez surtout un univers d’une extraordinaire diversité ! Si le principe technique de base du stylo à plume est universellement répandu (capillarité permettant à l’encre de passer du réservoir (ou cartouche) vers le papier), les marques proposent divers modes de remplissage (piston, cartouche, converter qui mixe les deux techniques, bouton poussoir ou levier comprimant un réservoir souple, voire compte-gouttes…). Les capuchons s’encliquètent ou se vissent, et certains stylos n’ont pas de capuchon mais leur plume est rétractable par rotation ou par pression sur un bouton. Les plumes existent en or jaune, rouge ou rhodié, ou en acier, en titane, ou encore en palladium, et présentent des caractéristiques différentes (largeur de trait, débit, douceur sur le papier, degré de flexibilité) de sorte que chaque scripteur trouvera une plume « idéale » pour sa main, et son type d’écriture. Les corps et les capuchons font appel à une grande variété de matériaux (métaux précieux, acier, bois, résines naturelles ou synthétiques de tous aspects, ébonite, fibre de carbone, minéraux, poudre de lave volcanique) et sont parfois revêtus de laque selon la technique japonaise, de laques synthétiques de toutes les couleurs, d’un habillage en argent… L’ergonomie change, selon la taille et le poids du stylo, et cette caractéristique ne peut pas se tester en ligne… Les attributs (agrafe, bagues de capuchon, plume) sont souvent plaqués or jaune, rose ou rouge, ou rhodiés ou encore chromés, parfois laqués dans la couleur du stylo. Le dessin des stylos est également très inventif : sobre et classique pour certains, ouvragé ou original pour d’autres. Des stylos évoquent parfois un personnage célèbre, une époque ou un évènement et sont alors souvent diffusés en série limitée. Enfin, quelques maisons proposent de graver des initiales ou un nom sur le stylo, afin de le personnaliser encore davantage, mais je dois dire que je suis peu favorable à cette pratique… Ainsi, le choix est immense, et je ne doute pas que vous trouverez un stylo qui correspondra à vos goûts, ou au message que vous voudrez faire passer à l’heureux destinataire d’un cadeau. Je me souviens d’un ami qui offrait volontiers des stylos. Il me disait qu’il veillait toujours à ce que l’instrument véhiculât un message. Il choisissait alors sa couleur, celle du flacon d’encre ou des cartouches en fonction de la personnalité du membre de sa famille ou de l’ami qu’il gratifiait. Il m’avait expliqué, par exemple, avoir offert un stylo rouge à un ecclésiastique de ses amis pour sa promotion à de nouvelles fonctions, et avait joint un mot en lui disant : «Il vous reste désormais à tout faire pour vous parer de la même couleur…» c’est-à-dire le rouge des cardinaux, alors que le prélat n’en était qu’au début de sa carrière d’évêque ! Pour ma part, je choisis parfois le stylo que j’utilise en fonction du client que je rencontre. Ça m’amuse et il m’arrive de sélectionner un instrument très sobre quand mes rendez-vous concernent des personnes âgées un peu rigides (il m’arrive aussi dans ce cas de prendre un stylo très original pour les provoquer un peu, mais ne le dites à personne) ou à m’autoriser plus de fantaisie quand je sais mon client amateur d’art moderne. Le stylo devient alors un sujet de conversation, une sorte de lien extra professionnel, un terrain de partage bien agréable. Vous l’avez compris, le stylo doit trouver sa place dans votre « wish list », sans aucun doute, tant il est source de petits bonheurs au quotidien ! Dans la vôtre… et dans celle de vos amis ou de vos proches, à qui vous ne manquerez pas une occasion d’en offrir, surtout quand vous effleurera la pensée très répandue : «Je ne sais vraiment pas quoi lui offrir.» Alors… Essayez, et vous m’en direz des nouvelles !