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Jean-Marie Perier

22 février 2008 — Rubriques · Numéros · Les archives · Les articles · Le stylographe n°21

Une interview de Marie-Christine Schaar « La photo, c'est comme le dentiste, ça doit aller vite et ne pas faire mal. » Derrière cette boutade pleine d'humour et de modestie se cache un grand talent, celui de mettre les gens à l'aise, et beaucoup de préparation. Car pour mettre en valeur les personnalités qu'il photographie et arriver à figer une expression qui semble tellement naturelle alors qu'elle ne l'est pas, c'est tout un art où il excelle. Marie-Christine Schaar : Vous faites toujours de la photo, est-ce que votre inspiration a changé ? Jean-Marie Perier : Pas du tout ! J'ai photographié des chanteurs pendant douze ans, puis j'ai fait du cinéma. Ensuite, je suis parti aux USA pendant dix ans pour réaliser des films publicitaires. En 1990, en rentrant en France, j'ai repris la photo grâce à ma sœur Anne-Marie, qui dirigeait « Elle », et j'ai continué mes photos de célébrités MCS. : Comment expliquez-vous votre succès ? JMP. : J'ai eu la chance d'être au bon moment avec qui il fallait. Filipacchi, Françoise Hardy. C'est à cause de Daniel que j'ai commencé la photo. J'ai été témoin des années 1960. Témoin et acteur avec le journal « Salut les Copains ». J'ai commencé avec des gens avant que ça marche pour eux, comme les Beatles ou les Stones, alors c'était plus facile, et plus drôle… Maintenant ce n'est plus drôle ! MCS. : Ça n'explique pas tout… JMP. : Non, bien sûr. Mon truc, c'est que je sais détendre les gens. Parce que je sais que ce n'est pas sérieux. La photo c'est antinaturel. Beaucoup plus difficile que le cinéma, où le mouvement permet les erreurs. La photo fige un instant, il faut que ce soit le bon. Il faut mettre les gens à l'aise, leur dire que ce n'est pas grave si on n'y arrive pas, qu'on le fera plus tard et que si ce n'est pas bien on déchire tout. Et je ne leur demande jamais de sourire ! Etre photographe, c'est avoir un point de vue sur quelqu'un. Il faut déjà avoir des réponses. Je sais toujours ce que je vais faire avant. Ma mise en scène est préparée, mais si il y a trop de décalage, je m'adapte, je change. Beaucoup de photographes veulent qu'on reconnaisse leur style, moi je m'en « tape ». Ce qui compte pour moi, c'est de mettre mon style au service de la personne que je photographie, pour la mettre en valeur. Mais c'est drôle, les gens n'aiment que les photos où ils ne se res- semblent pas ! C'est la même chose au cinéma et en écriture. J'ai fait quatre longs métrages, dont deux avec Dutronc, « Antoine et Sébastien », avec mon père, et « Sale rêveur », avec Lea Massari. Actuellement j'écris un livre sur Daniel Filipacchi qui sortira au mois d'avril. MCS. : Oui, vous écrivez aussi. Quel est votre rituel d'écriture ? JMP. : Je n'en ai aucun ! J'écris quand ça vient, comme dit le jeune marié ! Mon premier livre, « Enfant gâté », je l'ai écrit en trois mois. C'était quelque chose de très personnel à exprimer. Il fal- lait que je le fasse. C'était l'his- toire avec mes deux pères ! Le deuxième livre, « Le temps d'ap- prendre à vivre », est un livre de souvenirs. C'était pour parler de tous les gens que j'ai rencontrés dans mon travail et dont je n'avais pas pu parler dans le premier. J'ai mis un an à l'écrire. Pour le troisième, sur Filipacchi, cela m'a pris trois ans. La maturation est de plus en plus lente. J'écris à l'ordinateur avec un seul doigt. Je m'enregistre. J'aime écrire, mais je ne suis pas écrivain. L'écrivain n'écrit pas par plaisir, mais parce qu'il ne peut pas faire autrement. MCS. : Comment voyez-vous votre évolution? JMP. : Comme je n'ai pas été très raisonnable, je n'ai pas d'argent, et je n'en aurai jamais, donc je vais devoir travailler jusqu'au dernier moment. Dans le cinéma il y a trop de monde, ce n'est plus drôle. Il y a trop de compétition, les rapports sont plus durs et c'est fatigant ! La photo ? Le poids des appareils va devenir un problème, alors que jusqu'au bout je pourrai écrire avec un seul doigt même si je suis perclus de rhumatismes. Jean Dominique Bauby (que je connaissais très bien) a bien écrit avec une seule paupière, lui.� MCS. : Quel est votre rapport avec les stylos ? JMP. : Je trouve que ce sont des instruments magnifiques. Malheureusement, j'utilise un stylo pour signer seulement, parce que je ne sais plus écrire ! C'est illisible ! Et il s'agit souvent de chèques. Je suis obligé d'écrire sur les tirages photos avec des gros feutres qui donnent une écriture affreuse ! Mais j'aime les stylos et j'en ai un magnifique, assez gros, sobre avec une forme de capuchon amusante en forme de boîte aux lettres anglaise (un Sentryman de Dunhill). J'aime les plumes souples, molles qui donnent une personnalité à l'écriture. C'est un bel objet. Je ne m'en sers que pour les choses importantes. � Ce qui compte pour moi, c'est de mettre mon style au service de la personne que je photographie, pour la mettre en valeur. Mick Jagger, leader des Rolling Stones au début de sa carrière