ITALIEN JUSQU'AU BOUT DE LA PLUME -STIPULA ETRURIA GALLICANA
21 décembre 2015 — Les tests sous la loupe · Rubriques · Numéros · Les archives · Le stylographe n°49 · Les articles
Stipula, maison florentine fondée en 1973, réalise depuis quarante-deux ans de superbes stylos au dessin et à l'aspect très italien. Dans les ateliers de Stipula, on produit à l'ancienne avec des techniques et des matériaux hérités du savoir-faire de l'industrie italienne du stylo, si prolifique dans les années trente. Stipula a racheté récemment des machines utilisées par la marque Globus, aujourd'hui disparue, pour la fabrication de plumes. Je teste aujourd'hui un grand classique de Stipula, l'Etruria, dans sa nouvelle finition Gallicana, limitée à 193 exemplaires pour le monde. Ce chiffre correspond à une mesure ancienne, le braccio fiorentino, qui représente 58,3 cm, soit la longueur du coude à l'extrémité du majeur. 193 bracci fiorentini équivalent à 112 mètres, soit la hauteur de la cathédrale Santa Maria del Fiore - depuis la base jusqu’au pinacle - entièrement construite à partir de multiples de cette mesure. On retrouve la forme Torpedo arrondie de ce grand stylo et son agrafe plaquée or jaune qui porte une «stipula» stylisée, cette paille que l'on s'échangeait dans la Rome antique pour matérialiser la conclusion d'un contrat. Une bague très fine vient habiller la base du capuchon et on en retrouve une un peu plus large entre le corps et le bouton du piston. Le stylo est entièrement en Celluloïd dit «champagne» (!) fait de marbrures brunes et ocre sur un fond bleu marine sombre. L'ensemble est du plus bel effet et rappelle furieusement les plus beaux stylos italiens des années trente. Le poids du stylo est agréable en main et je dévisse le capuchon pour découvrir la section, ergonomique et en Celluloïd de même couleur que le corps. Aucune bague ne vient rompre la belle harmonie ainsi créée. Il se dégage une impression de sobre élégance vintage de cet Etruria Gallicana. La fabrication est soignée et les finitions de qualité. J'aime la gravure sur le corps, à l'ancienne. La plume est en or 14 carats, jaune clair, et ne porte pas de masque rhodié, ce que j'apprécie sur un stylo d'inspiration années trente. Elle reprend les fines gravures chères à Stipula. Le piston se manie avec aisance. Après avoir rempli le réservoir, je teste cette fameuse plume «Stiflex» fabriquée avec les machines de Globus. On devrait retrouver cette légendaire flexibilité des instruments d'écriture anciens... Je ne suis pas déçu ! Nerveuse à souhait, elle répond à la moindre sollicitation : je majore la pression en descendant, les becs s'écartent en traçant un trait large. Je relâche la pression, ils se resserrent et dessinent un trait fin, voire très fin, sur cette plume fine. On retrouve des sensations proches de celles rencontrées avec des plumes anciennes. Je note au passage que le débit est régulier, dès lors qu’on ralentit un peu le geste quand on exerce une forte pression : il faut bien que la fente de la plume se charge du précieux liquide lorsque les becs font le grand écart ! Je m'amuse à faire des «8» juste pour le plaisir de voir les variations extrêmes de largeur du trait... Le bel équilibre en main ne se dément pas, capuchon posté ou non, et les doigts se placent sans effort sur la section confortable : on va pouvoir réviser ses gammes de calligraphe amateur sans se fatiguer ! Je salue cette tendance nouvelle de certains fabricants à produire des plumes réellement flexibles. Parmi ceux-ci, la démarche de Stipula est l'une des plus authentiques puisque la maison florentine met en œuvre des machines anciennes. Ce vintage moderne me plaît décidément beaucoup. Son prix ne me dissuadera pas de me l'offrir... Stipula ? À redécouvrir de toute urgence pour sa plume magique, son esthétique réussie et son esprit furieusement italien !