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Le stylographe n°47

France / Angleterre : fertilisation croisée

21 mars 2015 — Le stylographe n°47 · Haute maroquinerie · Rubriques · Numéros · Les archives · Actualité évènementielle · Les articles

Il est fascinant de méditer sur l’origine du mot « pen » qui se traduit par « stylo » dans la langue des deux William : je veux parler de Shakespeare et de Faulkner. N’en déplaise aux contempteurs du franglais, il arrive souvent que l’anglais puise ses sources dans la langue de Molière et dans ses racines latines. Pen désigne à la fin du 13e siècle l’outil d’écriture. Il vient du vieux français « pene » qui désigne la plume en général et la plume d’oie en particulier, allant jusqu’à désigner l’aile au pluriel. Le mot est lui-même dérivé du latin penna qui a le même sens. En bas latin, petna ou pesna décrit le fait de se précipiter, de voler… Bon présage pour ces plumes qui semblent donner des ailes à vos doigts et à votre pensée… L’expression « pen-and-ink » est attestée en anglais à partir de 1670. Elle veut dire «écrit à la plume et à l’encre ». En anglais, pen désigne couramment le stylo à partir de la seconde moitié du 19e siècle. En Français, le mot penne n’évoque plus que les plumes des volatiles : il a paradoxalement été supplanté par le mot « stylographe » dérivé lui-même… de l’anglais, du latin et du grec ! Le mariage du mot style, du « stylet pour écrire » qui évoque par sa forme la colonne, le pilier στῦλος (stulos) en grec, et du mot graphe γράφειν (graphein) qui veut dire écrire en grec. Voilà une histoire de fou : en Anglais c’est un mot d’origine française qui désigne aujourd’hui le stylo à plume. En France c’est l’inverse… On comprend mieux pourquoi Victor Hugo concevait dès la fin du 19e siècle ce que pourraient devenir un jour les Etats-Unis d’Europe.