Et Même Si Mon IntéRêt Pour La Complexité Des Sentiments Humains Est Un Lien Entre Mes Romans, Dans Chacun D'Entre Eux Je M'Efforce D'Aborder Un Thème Différent.
11 septembre 2006 — Rubriques · Numéros · Les archives · Les articles · Le stylographe n°16
MCS. On dit que vous êtes arrivé à l'écriture par hasard ? ML. C'est vrai, mais j'ai toujours écrit pour moi, pour mes proches. « Et si c'était vrai… », je l'ai écrit pour raconter une histoire à l'homme qu'allait devenir mon fils. Tanné par ma sœur, j'ai envoyé mon manuscrit aux éditions Robert Laffont pour me débarrasser de sa pression, et quand ils m'ont appelé pour me dire que ça les intéressait, j'ai cru que c'était une blague… Vous connaissez la suite. MCS. De l'architecture à l'écriture, de l'écriture avec des volumes à l'écriture avec des mots, peut-on dire, qu'il y a une certaine continuité ? ML. Non, il n'y a pas de continuité, même s'il y a une similitude dans l'approche. C'est, dans les deux cas, une vision globale d'éléments dissociés que l'on imagine une fois assemblés et, au niveau du raisonnement, c'est la capacité de projeter dans sa tête une image de ce que quelque chose qui n'est pas encore pourrait être. MCS. Dans votre premier livre, vous évoquez le thème de l' « élasticité du temps », est-ce un thème récurrent ? ML. Non! Et même si mon intérêt pour la complexité des sentiments humains est un lien entre mes romans, dans chacun d'entre eux je m'efforce d'aborder un thème différent. Dans « Et si c'était vrai… », je parle de l'apparence, de ce qui est visible et de ce qui est invisible et pour qui. Mais c'est surtout une rencontre entre un homme et une femme, une histoire d'engagement. Avec « Où es-tu ? », j'aborde la générosité, celle du quotidien, celle qui permet de dépasser les problèmes du quotidien pour que survive l'amour. « Sept jours pour une éternité » évoque le problème de la différence. Celle entre les humains, celle entre les hommes et les femmes. Ce que l'homme fait de la différence change tout. Si par peur il la détruit, il se détruit en même temps. Si par chance il accepte, c'est pour lui l'occasion de s'enrichir. C'est pareil dans un couple. Dans « La prochaine fois », je m'attaque à l'éternité des sentiments ! J'adore traiter des thèmes graves et sérieux avec légèreté, humour et métaphores. Ce qui m'amuse, c'est l'aveuglement de l'homme en quête d'éternité qui croit pouvoir la trouver dans la gloire, le pouvoir, la richesse. Mais c'est illusoire. La seule éternité c'est celle des sentiments. Le sentiment qui perdure dans le souvenir de quelqu'un qui vous a aimé.« Vous revoir » est la suite de « Et si c'était vrai… ». On parle souvent en amour de l'importance de rencontrer la bonne personne au bon moment, et bien dans ce livre, le destin remet en présence deux personnes qui se sont aimées et leur donne une deuxième chance… « Mes amis, mes amours », mon dernier livre qui vient juste de sortir, raconte la complémentarité en amitié, la magie du quotidien.. MCS. Six livres en six ans, six succès, belle performance ! Avez-vous un rituel d'écriture ? ML. Surtout pas ! L'écriture est une liberté extraordinaire et je ne voudrais pas l'enfermer dans un rituel ! Mais on a tous ses trucs, quand même. Par exemple, j'ai essayé d'arrêter de fumer. Pendant que j'écris, c'est impossible. J'ai besoin de cette cigarette de l'écrivain qui passe surtout beaucoup de temps… dans le cendrier. On l'allume, mais on ne la fume pas. Je n'ai aucune règle pour écrire. Je peux écrire n'importe où, dedans, dehors, à condition que j'y sois depuis un certain temps. En effet, je suis curieux et dissipé et quand j'écris, je dois faire abstraction de ce qui m'entoure, donc être habitué au décor. MCS. Comment écrivez-vous ? ML. Pendant cinq à six mois, je travaille à la construction de l'histoire et au déroulé des chapitres. Dans cette phase là, j'écris toujours avec mon très beau Edson bleu nuit de Waterman à capuchon doré, avec une plume encastrée. C'est une plume fine, un peu écrasée par mes soins pour qu'elle s'adapte totalement à mon écriture. J'adore ce stylo et je vais me racheter le même. Puis, je passe à l'écriture du roman, la plupart du temps sur mon ordinateur. Et là, j'écris entre 17 et 19 heures par jour. Je m'y mets dès que mon fils est parti au lycée. Je fais une pause quand il revient et pour dîner avec lui, puis, je recommence à écrire tard dans la nuit. Mais si j'ai des notes à reprendre ou une lettre à écrire dans le cadre du roman, je reprends ma vraie plume. MCS. Vous êtes en train d'écrire un septième livre, quel en est le sujet ? ML. Top secret ! MCS. Le suspense sera terrible, car je suis sûre que vous allez encore nous étonner !