Caran D’Ache Haute Ecriture Swiss Made
1 avril 2010 — Rubriques · Numéros · Les archives · Le stylographe n°28 · Les articles
Comme le dit poétiquement Philippe de Korodi, Directeur général de Caran d'Ache, la marque fait partie de notre enfance et des émotions liées à cette époque de notre vie à tous. Prendre en main un Caran d'Ache, c'est comme remonter le temps. La marque capte toutes les émotions, l'envie et le plaisir reviennent... La magie opère toujours ! Directeur général de Caran d'Ache depuis deux ans, Philippe de Korodi exerçait auparavant son activité professionnelle dans l'industrie alimentaire, chez Lindt, prestigieuse marque de chocolat suisse. Rencontre avec un homme qui place le savoir-faire helvète au sommet de la qualité. Dominique Muron. Parlez-nous en quelques mots des origines de la marque... Philippe de Korodi. La Manufacture a vu le jour en 1915 à Genève avec les fameux crayons de couleurs. Elle ne fut baptisée Caran d'Ache qu'en 1924. À l'origine donc, la marque était destinée en priorité aux beaux-arts. D'ailleurs, la créativité fait toujours partie de notre ADN. Caran d'Ache a su ensuite séduire, d'une manière plus globale, tous les amateurs de produits de luxe. Mais on ne peut pas parler de Caran d'Ache sans revenir sur ses origines suisses. La société a toujours été basée à Genève, ville des belles industries et manufactures, capitale dont la réputation de savoir-faire est universelle. Le Swiss Made s'exporte partout dans le monde. Aujourd'hui, Caran d'Ache est toujours une marque privée, indépendante qui reste implantée à Genève. Tout est fabriqué ici. Je dirais que le 100 % Swiss Made est notre spécificité ! DM. Comment définiriez-vous vos valeurs de marque ? PK. Je reviendrai encore et toujours sur la qualité Swiss Made, tant dans le choix de nos matériaux que dans le processus de fabrication, la formation de nos collaborateurs, l'alliance réussie entre rigueur et créati- vité. Pas de plastique dans nos stylos, uniquement des matériaux nobles et précieux. Ainsi, le rhodium que nous utilisons systématiquement est plus résistant que l'or et donne à l'argent un éclat unique. Vous avez sans doute remarqué la forme hexagonale caractéristique de notre marque. Au niveau technique, je vous citerai les cartou- ches Goliath pour nos stylos-billes : imaginez qu'avec une seule cartouche, vous pouvez écrire 600 pages, soit 7 km d'écriture! Savez-vous que tous nos instruments d'écriture sont garantis à vie, ce qui est très rare ? C'est dire si nous sommes sûrs de leur qualité ! Nous tenons beaucoup à cette valeur de durabilité, nos instruments d'écriture sont des biens durables qui se transmettent. Nous ne serons jamais une marque de produits de masse! Vous connaissez la formule : « Small is beautiful »... C'est sans doute ce qui explique notre image : le sérieux suisse, une beauté plutôt classique, la créativité maîtri- sée. DM. Quelles lignes vous représentent-elles le mieux ? PK. Il y en a trois. Historiquement, Caran d'Ache se situe dans le domaine de la couleur : crayons, pas- tels et peintures. Dans le crayon, nous offrons 120 couleurs, pour le plus grand bonheur des artistes ama- teurs comme des professionnels de la création. En 2008 pour le 20e anniversaire du Supracolor, Alber Elbaz, Directeur de création chez Lanvin, a illustré une super- be boîte de crayons avec des dessins originaux. Un collector ! Notre ligne « Office », dédiée aux entreprises, avec des produits que nous personnalisons, est un succès en Suisse. Enfin, nous avons l'écriture haut de gamme, luxueuse, pour hommes et femmes d'affai- res à succès. Même si les femmes achètent de plus en plus de beaux stylos, notre clien- tèle est toujours à 80 % masculine. Nos éditions limitées sont extrêmement prestigieuses. Depuis quelques années, nous en présentons 3 ou 4 par an : Perles de Conche, récompensée par deux Tro- phées du Stylographe, Perle Acoya, Shiva qui a succédé à Ganesh dans la collection hindoue, le Dragon chinois, la Trilogie Écrivains, les Varius Link Series et bien sûr, des thèmes locaux tels que Le Cervin, montagne de référence suisse. Nous annon- cerons le lancement à Bâle d'une nouvelle version du 1010, hommage à la haute hor- logerie. La ligne qui nous représente le mieux ? Sûrement Varius, plaqué de rhodium, as- socié avec des matières aussi précieuse que la laque de Chine ou la fibre de carbone. Ou avec le Bois d'Amourette (en anglais Snakewood) avec son corps sensuel et doux qui a la couleur et le toucher des écailles des serpents de Guyane, modèle lancé au salon Paperworld de Francfort en janvier. Ou en- core Ivanhoé, habillé d'une fabuleuse cotte de maille. Pour la maroquinerie, nous fabri- quons avec notre partenaire Delvaux, une nouvelle ligne classique et surprenante au toucher. Côté chiffre d'affaires, c'est moitié écriture, moitié beaux-arts ; la maroquine- rie ne représente encore que 10 % de notre activité. Tous nos produits sont présentés dans des écrins de couleur onyx, veloutée et voluptueuse. DM. Comment êtes-vous distribués ? PK. Nous sommes présents en Suisse d'abord, bien sûr, en Europe de l'Ouest, de plus en plus en Asie, et nous nous développons bien au Moyen-Orient, en Inde, en Russie. L'Asie, la Chine sont en plein essor, ce sont des marchés de plus en plus importants pour nous. Nous avons déjà 10 boutiques Caran d'Ache à Tokyo, Shanghaï, Hong-Kong... Ce sont elles qui vont construire notre notoriété de marque. En Europe, nous sommes bien distribués et nos produits sont disponibles chez les papetiers haut de gamme et les spécialistes de l'écriture. Nous sommes très vigilants quant au choix de nos points de vente, leur qualité, les conseils aux clients ; nous encourageons nos détaillants à bien mettre en valeur le stylo. DM. Parlez-nous de votre actualité et de votre stratégie d'avenir... PK. Notre actualité est riche. Nous avons présenté lors de Paperworld le Varius Snakewood, le dernier Léman jaune, un nouvel Ecridor Cubrik, qui travaille sur les volumes et les reflets de la matière. Et puis il y aura, à Bâle, l'exceptionnel 1010, hommage à l'horlogerie. Caran d'Ache participe également à de nombreuses manifestations, opérations de mécénat, sponsoring, ventes caritatives ou événe- ments tels le salon du Livre, de l'Estampe et du Dessin au Grand-Palais à Paris (vous trouverez dans ce numéro un article sur cette manifestation) ou le festival de la BD à Angoulême. Pour l'avenir, il me semble que le public a désormais une notion du luxe plus authentique, plus légitime. Il y a un retour aux vraies valeurs, mots qui correspondent parfaitement bien à notre marque. Tout ce qui est accessoire et symbole d'élégance per- sonnelle est de plus en plus recherché. Nous nous développerons en valeur si ce n'est en volume...